Monsieur Fernandes était chef de gare à Malanje depuis si longtemps qu’il connaissait le bruit de chaque train avant de le voir. Le train du matin toussait. Celui du soir chantait.
Ce jour-là, le train du soir était en retard de trois heures, et Monsieur Fernandes attendait une lettre.
Il attendait cette lettre depuis 1992. Sa fille était partie à Luanda avec la promesse d’écrire dès qu’elle aurait une adresse. Les années avaient passé, la guerre aussi, et chaque soir il recevait le courrier comme on reçoit une prière.
Quand le train arriva enfin, chantant plus fort que d’habitude, une jeune femme descendit avec une valise rouge. Elle regarda la gare, puis le vieil homme sous la lampe.
« Papa, dit-elle, j’ai pensé que c’était plus simple de venir moi-même. »
Monsieur Fernandes ne répondit pas. Il rangea soigneusement le courrier du jour dans le tiroir, comme toujours. Puis il ferma le tiroir à clé et ne l’ouvrit plus jamais.
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